Cours d'illustration - La lettre (2013)

Vous recevez une lettre. Qui vous écrit ?

Thème et technique libre

Grand-mère

Cette lettre fictive est écrite juste par ma grand-mère juste avant son décès. Après sa disparition j'ai raconté et photographié son absence.

Huit photographies numérique et texte.

La grand-mère

n'est plus,

elle s'est éteinte

dans ce lit

qui fut le sien

pendant plus de

quarante ans.

Elle avait quatre-

vingt-dix ans

depuis un mois.

Dans un dernier souffle

"Que Dieu

m'accueille

parmi les siens".

Elle était croyante,

surtout à la fin.

Elle faisait partie

de ces femmes

d'une époque révolue

qui, liées intégralement

à leurs maris,

restaient à la maison.

Ses plaisirs,

parcourir les

bijouteries et les

magasins de luxe.

Elle avait la fantaisie

de recomposer

ce qu'elle venait

d'acquérir comme

une enfant

jouant à la poupée.

Ces fourrures

lui étaient

chères, comme

on peut

considérer

une amitié.

Chaque apparat

à une histoire

propre,

une intimité.

Elle laisse

derrière elle

toutes ces matières

nourries

d'affection.

L'art ancien lui

apportait dévotion

et reconnaissance.

Elle retrouvait

dans les représentations

de Marie

la part féministe

qui l'animait.

Elle admirait la

subtilité féminine et

la considérait

comme une

vertu précieuse.

L'appartement,

dans lequel

elle vivait,

ressemble à

un musée en

désuétude.

Au milieu des

étoffes, des

dentelles,

des tableaux

anciens et des

décorations en

tous genres,

elle flânait

telle une reine

dans son

royaume en

perdition.

Elle chérissait plus

que tout la salle à

manger, dite

de réception.

Elle pouvait alors à

loisir faire éclater

la beauté de son

argenterie, de

ses petites sculptures

baccarats, le

tout reposant sur

une fine nappe de

dentelle.

En attendant de

recevoir, elle laisait

la table présentée

comme l'instant

figé d'un moment

à venir.

L'appartement

est resté tel

qui l'était

avant elle.

Rien n'a été

bougé, chaque

chose a sa place,

tout reste en

suspension

comme si elle

allait revenir.

Mais elle ne

reviendra plus

et ses robes

restent là,

sans corps,

à errer.

Ils ne leur restent

plus qu'à se

reposer,

et attendre,

que l'on

vienne

les chercher,

pour les

faire revivre,

encore,

jusqu'à

une nouvelle

désuétude.